Derniers jours pour aller voir l’expo qui tourne le « dos à la mode »

 

Salut les bombes ! ❤

Ce sont les dernières semaines pour aller voir l’exposition Dos à la mode au musée Bourdelle à Paris, avant le clap de fin le 17 novembre. J’ai eu la chance de pouvoir y passer trois heures en toute tranquillité. Trois bonnes heures durant lesquelles j’ai eu le temps d’admirer, observer, lire, apprendre, photographier, m’émerveiller.

Retour sur cette exposition que je vous incite fortement à visiter si vous êtes de passage dans la capitale !

 

Le cadre : le musée Bourdelle

Dos à la mode est une exposition hors les murs du Palais Galliera, elle est installée au musée Bourdelle, près de la tour Montparnasse. Ce musée abrite les anciens appartement et atelier ainsi que des œuvres du sculpteur Antoine Bourdelle, contemporain de Rodin. La scénographie fait se côtoyer des pièces mode Haute Couture, haut de gamme et historiques, avec des œuvres du sculpteur.

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Comme des Garçons, Printemps/Été 1997

Je trouve le choix du lieu judicieux car les vêtements sont comparables à des sculptures. Portés par des mannequins, ils occupent l’espace en trois dimensions et dialoguent aisément avec les bustes et torses alentours. Une robe Alexander McQueen dont le dos nu très profond dévoile la raie des fesses répond au dos sensuel de Pallas. C’est un chassé-croisé harmonieux entre la vision qu’avait Antoine Bourdelle du corps et celles des créateurs de mode.

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Antoine Bourdelle, Anatole France, bust, 1918 / Craig Green, Printemps/Été 2017
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Antoine Bourdelle, Pallas, torso, 1901 / Alexander McQueen Printemps/Été 1999

 

L’angle de l’expo : de dos

La thématique de cette exposition est innovante puisqu’elle se focalise sur le dos dans la mode. La partie arrière des vêtements ; le dos à proprement parler et par extension les fesses, le derrière des jambes et de la tête ; est en effet d’ordinaire moins mise en avant que le devant. C’est un couloir aux murs couverts de photos de défilés prises de face qui démontre cette importance singulière accordée au devant. Quand on assiste in situ à un défilé, on a l’occasion de voir le devant, le côté, l’arrière. On voit les vêtements en mouvement sur les mannequins et sous presque tous les angles. Par contre si on regarde les défilés en photo (c’est mon cas et celui de la plupart des personnes), l’arrière est en général annihilé.

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Thierry Mugler, Automne/Hiver 1992-1993 / John Galliano, Automne/Hiver 1997-1998

La frénésie de l’instantané a complètement tourné le dos à cette partie du corps et du vêtement. On veut tout voir et on se retrouve dans ce paradoxe : on en voit trop mais pas assez. Pour aller vite les marques privilégient l’angle de face, celui où peut se voir le visage. Pourtant, il n’est pas rare que couturiers et designers fassent du dos une partie remarquable. Plutôt logique quand on connaît l’importance de la colonne vertébrale, véritable charpente, dans la posture du corps. La mode n’est-elle pas aussi une question de posture ?

Le dos est la partie la plus plane du corps humain. Par cette qualité il constitue une surface idéale pour y placer des ornements ou des messages. Au travers de l’exposition, suivant des axes thématiques, on découvre comment le dos a été investi au fil de l’histoire de la mode.

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Camisole, fin XIXème / Jean-Paul Gaultier, Haute Couture Automne/Hiver 2003-2004

À moins d’être très souple, voire contorsionniste, le dos est une partie de notre corps qui nous est presque inaccessible. Il est à la fois puissant, parce qu’il nous protège, nous maintient, et fragile, parce qu’il échappe à notre regard et s’offre à celui des autres. Le dos représente une certaine vulnérabilité, qui se retrouve exacerbée par les fermetures placés à l’arrière de certains vêtements. Il fallait une aide extérieure pour lacer un corset ou bien un système de poulies (!), réduisant la femme à une poupée incapable de s’habiller par elle-même. Je ne compte pas les robes (bien de notre époque) dotées d’une fermeture Éclair longeant la totalité de la colonne vertébrale qui nécessitent tout un exercice de gesticulations pour les fermer. L’analyse de l’arrière des vêtements est une façon d’appréhender la mode comme un outil de domination sur le corps féminin.

 

Loin d’être uniquement un pur produit au service du machisme et du sexisme, la mode a permis quelques créations très commodes. On retrouve ainsi dans l’expo le premier sac à dos « mode » : le sac à dos en nylon imaginé par Miuccia Prada dans les années 1980. Plus pratique que le sac à main car laissant l’usage libre de ses bras, le sac à dos a tout d’une petite révolution dans l’évolution de la condition féminine.

 

Utilitaire, l’arrière d’un vêtement peut aussi se voir apposer des informations : une fonction (la police notamment), le numéro d’un joueur sur le terrain, etc. Peuvent y être affichés notre humeur, un message que l’on porte (littéralement) avec plus ou moins de conscience, ou même notre snobisme quand le logo d’une marque y apparaît. Quelques pièces emblématiques pour illustrer ces assertions : la parka Zara ornée d’un « I really don’t care, do u ? » (« J’an ai vraiment rien à faire, pas vous ? ») portée maladroitement par Melania Trump lors d’une visite à des enfants sans-papiers ; le fameux string Gucci affichant fièrement son double G entrelacé, époque Tom Ford et porno chic.

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Jean-Paul Gaultier, Haute Couture Automne/Hiver 2011-2012

Le dos peut aussi être un simple support de la beauté, technique et esthétique. La mode ne manque pas de robes, de combinaisons ou de hauts dont l’arrière se démarque, que ce soit par la nudité ou l’ornement. Ici une robe-trench Jean-Paul Gaultier enveloppe épaules et omoplates d’une cape dont le drapé laisse entrevoir le dos. Là une robe John Galliano au style arlequin est munie d’une fermeture arrière composée de près d’une cinquantaine de boutons. Par-ci une robe Alaïa s’échancre sur les hanches, par-là une robe Helmut Lang présente une fenêtre ouverte sur le coccyx. Tout autant de présence ou non-présence de tissus, de garnitures et de peau qui, à l’instar de Mireille Darc dans le Grand Blond, suscitent surprise, bouche bée et émerveillement lorsque l’on tourne le dos…

 

Dos à la mode est l’une des meilleures expositions, art et mode confondus, que j’ai pu visiter. L’angle est particulièrement original et la présence des œuvres d’Antoine Bourdelle ajoute une plus-value et une certaine contenance. C’est comme si ces dos sculptés rendaient les vêtements vivants, les sortaient de l’inertie du triste mannequin de vitrine.

L’exposition est encore visible jusqu’au 17 novembre 2019.

 

Êtes-vous allé.e à cette exposition ?
Une anecdote à partager sur le dos d’un vêtement ?

 

Publié par

24 ans, diplômée d'un Master et Études Culturelles, passionnée par la mode et la diversité culturelle. Fashion kamikaze aguerrie et voyageuse rêveuse. ✨ Suivez-moi pour découvrir la mode sous un autre angle ! 👀

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