Chanel en plan italien

 

Je n’en suis qu’au début de mon blog et c’est déjà mon second article sur Chanel. Promis je ne fais pas de favoritisme, c’est seulement que Chanel est l’une des maisons qui parvient le plus – et le mieux – à étonner.

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Une silhouette du dernier défilé (prefall 2016-2017).

Chanel reste en effet sans doute l’une des maisons françaises qui parvient le plus à se réinventer tout en gardant son identité intacte. Chanel reste toujours du Chanel, c’est un fait. Chaque silhouette, chaque défilé Chanel est reconnaissable au premier coup d’œil. On ne pourra jamais se tromper, que la collection soit inspirée de la Corée, des cow-boys du Texas ou encore de pierres précieuses.

Nouvelle preuve en date ; ce défilé de la collection Métiers d’Art, nommée Paris in Rome. Ou comment le patrimoine Chanel est revu selon la mode italienne.

J’ouvre une parenthèse d’explication, car avec les nombreuses collections  aux appellations différentes (et celles de Chanel en particulier), c’est souvent déroutant. Quand j’ai commencé à vraiment m’intéresser à la mode, je ne comprenais pas à quoi correspondaient certaines collections dans la mode haute gamme.

En fait ce n’est pas si compliqué, la mode est rythmée sur deux saisons – automne/hiver (fall/winter) et printemps/été (spring/summer) -, ce qui nous fait deux collections par an. Sauf que bien évidemment, aujourd’hui, la mode de luxe ne peut plus se contenter de deux saisons quand des marques mass market sortent quatre à six collections par an.

Sont donc venus les prefall, une sorte de pré-collection qui vient avant la collection d’hiver. Dans le monde du luxe cette collection est souvent un preview de la grosse collection d’automne-hiver, on y voit les codes qui seront présents dans la collection suivante. Bien évidemment, pour la saison estivale, il faut un équivalent. C’est donc la collection croisière qui sort juste avant la collection de printemps-été. Contrairement au prefall, j’ai remarqué que souvent la collection croisière était foncièrement différente de la collection d’été.

Collections prefall et croisière sont des sortes de transitions, on peut même dire qu’elles font office de collections d’automne et de printemps, comme si les quatre saisons étaient maintenant représentées.

Si on revient à Chanel, la marque qui nous intéresse dans cet article, la collection prefall est nommée Métiers d’Art. Sa fonction est un peu différente de celle des autres marques car elle est dédiée à rendre hommage aux savoirs-faire avec un grand C (celui de Chanel, de Coco, mais aussi surtout de Couture).

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Collection Paris-Edimbourg, 2012 (campagne publicitaire avec l’actrice écossaise Tilda Swinton).

Chanel et les métiers d’art

Sauver le patrimoine artisanal

La maison Chanel possède une filiale, Paraffection, aujourd’hui constituée de onze ateliers qui collaborent sur les collections Chanel (le chapelier Michel, le parurier Desrues, les brodeurs Lesage et Montex, le plumassier Lemarié, le bottier Massaro, le gantier Causse, le parurier floral Guillet, l’orfèvre Goosens, le spécialiste du cuir agneau plongé Bodin-Joyeux et celui du cachemire Barrie Knitwear).

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Collection Paris-Moscou, 2008 (ici le top model russe Sasha Pivovarova).

Si ces savoir-faire sont utilisés pour de nombreuses collections (en prêt-à-porter comme en Haute Couture), la collection Métiers d’Art est destinée à les honorer et à les mettre en avant. Le but de Paraffection est de conserver ces savoir-faire, la collection Métiers d’Art est donc là pour en faire la promotion.

 

Une collection qui fait voyager

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Paris-Tokyo, 2004.

Douze ans après le premier défilé, en 2003, et après avoir déjà fait son bout de chemin de par le monde, c’est à Rome que celui de 2015 se déroule. Depuis la collection présentée en 2004, baptisée Paris-Tokyo, chaque collection Métiers d’Art s’inspire fortement d’une culture et d’une destination. Ainsi ont suivi Paris-New York en 2005, Paris-Monte Carlo en 2006, puis respectivement de 2007 à 2013 ; Londres, Moscou, Shanghai, Byzance, Bombay, Edimbourg, Dallas, et enfin Paris-Salzburg l’an dernier.

Cette année la collection Paris in Rome a été présentée le 1er décembre 2015 dans la capitale italienne. Contrairement aux fois précédentes, celle-ci prend une trajectoire un peu différente, le vestiaire est beaucoup plus français et parisien que d’ordinaire – ainsi que le décor.

Toutefois ceci ne l’empêche pas de dégager quelque chose qui reflète le lieu de sa présentation, quelque chose de très italien. Ce sont en effet certes des silhouettes profondément françaises évoluant dans un décor parisien, et pourtant on assiste là à un véritable hommage à l’Italie, à sa capitale, et à son cinéma.

 

Chanel à l’italienne

Une vision cinématographique

Le défilé s’est fait à la Cinecittà, le célèbre studio qui a vu passer nombre de grands cinéastes italiens, tels Fellini et Visconti. Le directeur artistique de Chanel, Karl Lagerfeld, est aussi connu pour ses photographies et ses films sur la vie de Coco Chanel, on peut donc y voir une énième lubie cinématographique de Karl, qui a par ailleurs diffusé à cette occasion son dernier film, Once and Forever, avec Kristen Stewart dans le rôle d’une Gabrielle Chanel très jeune.

Les mannequins qui se succèdent sur le catwalk sont comme des actrices en tournage (on en compte d’ailleurs une véritable puisque Laetitia Casta est au casting de ce défilé). Les personnages surgissent d’une bouche de métro et évoluent dans des rues typiquement parisiennes, où l’on peut voir des rails et des caméras en action. Les invités assistent au défilé attablés aux terrasses, comme autant de figurants lors d’un tournage de scène de rue.

Les mannequins-actrices (on compte également quelques hommes, mais la collection reste globalement féminine) sont coiffées à la Brigitte Bardot, actrice française qui a passé une partie de sa vie à Rome lors de sa carrière.

Outre la coiffure, les mannequins ont les yeux charbonneux et la bouche nude, un style à mon sens plutôt français. Cette mise en beauté est extrêmement bien pensée puisqu’elle parvient à la fois à adoucir les looks les plus sexy et à dévergonder les plus « cocooning-chic ».

Dans le casting on retrouve donc Laetitia Casta, Brigitte Bardot par procuration, mais également Lara Stone (top model incontournable), Bella Hadid (sœur de Gigi, le mannequin montant de ces derniers mois), Mica Arganaraz (top model préférée de Vogue Paris cette année), Lindsey Wixson et Ginta Lapina (deux tops model importants de ces dernières années). Un casting de rêve donc, mais la star du défilé n’est aucune d’entre elles, on a en effet d’yeux que pour ces collants de dentelle noire…

 

La star du défilé, le coup de maître de Karl

Presque chaque mannequin en porte, que ce soit sous une jupe en cuir, sous une robe sage ou en-dessous d’un pantalon de tweed. Un classique me direz-vous, sauf que Karl est parvenu à le rendre plus moderne, plus attrayant encore. Plus chic je dirais aussi.

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Le collant de dentelle réinventé façon patchworks (mention spéciale pour l’association avec une robe-pull ornée de farfalle).

Le twist apporté par Karl est nettement lisible, il s’agit bien entendu du patchwork de dentelles différentes, faisant de ce classique une véritable caution mode pour une tenue de basiques intemporels. Ces collants constitueront en effet la pièce apportant le petit truc en plus qui fera la différence dans vos looks quotidiens automnales, parfois tristounets.

On remarquera que le patchwork se situe sur la partie inférieure des jambes, sur les mollets, et qu’une bande de voile noir sans dentelle vient casser la jambe comme une bottine. Ce n’est certainement pas un hasard si cette bande sans dentelle se situe pile au-dessus de la cheville. Personnellement, si je m’essaye à l’interprétation, j’y vois une référence au plan italien.

Ce cadrage consiste à filmer ou à photographier des personnages sans montrer leurs pieds, en coupant le mollet. Il reste très peu utilisé, le plan américain lui est largement préféré (plan qui coupe les personnages à la cuisse).

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Exemple d’un plan italien au cinéma ; image tirée du film La Mort aux Trousses, d’Alfred Hitchcock (1959).

Dans la photographie de mode il a peu d’intérêt puisqu’il cacherait une partie essentielle d’un look, les chaussures.

Et sur ce défilé on se doute bien qu’il était matériellement impossible de couper les pieds des mannequins. Et quand bien même on aurait pu au moins les cacher, il n’y aurait pas eu d’intérêt car il est indéniablement impossible de faire l’impasse sur l’un des accessoires phares d’une collection. Sans doute des bottines noires auraient fait également l’affaire mais le coup des collants est à la fois plus subtil et plus explicite puisqu’ils suscitent le désir de par leur originalité.

Ce petit tour de passe-passe avec les collants est donc vraiment très remarquable. Karl Lagerfeld a encore eu une étincelle de génie.

J’ignore vraiment si je vois juste, si je n’extrapole pas en partant dans des théories, mais, après tout, ça se tient. Comme je le disais plus haut le Kaiser de la mode est aussi photographe et réalisateur, voire cinéaste de la mode, il connait donc très certainement les termes techniques de l’image.

 

Un Paris-Rome réussi

Outre une référence possible au plan italien, ces collants véhiculent tout de même une image certaine de l’Italie. Si on devait en effet donner des adjectifs à la mode italienne, je dirais qu’elle est féline, sensuelle, sexy, extravagante, voire même outrageuse (pensez Versace). Et je vois en cette collection un parfait mélange de French et d’Italian touch.

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Jeux de transparence sur robes moulantes ou pantalon fluide avec collants en dentelle pour jouer la superpositions des matières, tweed sage dédramatisé à coups d’accessoires clinquants, silhouettes de vestale sexy mais chic en noir et blanc, ensembles cocooning glamourisés par des choker travaillés et des escarpins pointus ornés de perles de Coco (j’aime les jeux de mots), bijoux de corps qui réchauffent des robes plissés, longs manteaux sages posés de façon nonchalante sur les épaules pour laisser apparaître des jambes de dentelle sous une mini-robe…

Tout autant de looks qui reprennent à la fois les code Chanel, ceux du chic parisien et de l’élégance française, et ceux du glamour à la fois élégant et exubérant de le mode Made in Italy.

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Le parfait mix entre l’élégance d’une silhouette noire et fluide, et la provocation glamour de la transparence quasi-intégrale.

Prochaine destination ? A suivre lors de la prochaine Fashion Week parisienne, début 2016, et lors de la présentation de la collection Croisière.


Que pensez-vous de ce défilé ? Aimez-vous Chanel?
Quelle culture aimeriez-vous que Karl revisite pour Chanel ? 🙂



Crédits photo : photos du défilé tirées de Vogue Paris.

Publié par

23 ans, étudiante en master Etudes Culturelles, passionnée par la mode et la diversité culturelle. Fashion kamikaze aguerrie et voyageuse rêveuse. ✨ Suivez-moi pour découvrir la mode sous un autre angle ! 👀

4 commentaires sur « Chanel en plan italien »

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