Koko Chanel, vestiaire coréen

Le top model sud-coréen Park Soo Joo arrive sur le catwalk, une musique pop entêtante débute. Coiffée d’une imposante tresse noire, elle porte un tailleur-jupe en tweed maison sur un top et un jupon aux couleurs vives. Elle suit le parcours semé de gros pois aux couleurs primaires. Le ton est donné.

 

Un choc au double C

Ça s’est passé le 04 mai 2015 à la très impressionnante Dongdaemun Design Plaza de Séoul. C’est au sein de ce complexe aux airs de soucoupe volante (en fait un stade réaménagé par l’architecte anglo-irakienne Zaha Hadid, décédée en mars 2016) qu’a eu lieu le défilé Croisière 2016 de la maison Chanel.

DDP_Seoul_summer2015
Le vaste complexe de la DDP, designé par Zaha Hadid.

Choc culturel, et surtout choc de deux géants qui n’avaient à priori rien en commun, jusqu’à ce défilé…

Je m’explique. D’un côté, Chanel, un grand nom de la mode française porté par le génie de Karl Lagarfeld depuis 1983, de l’autre, la culture coréenne, sa richesse, son essence, et plus particulièrement le hanbok, costume traditionnel coréen, un symbole national que Karl revisite.

Si je parle d’un défilé qui a eu lieu il y a quelques mois déjà, c’est car il représente très bien l’esprit que j’aimerais insuffler à ce blog, c’est-à-dire un mix and match d’Occident et d’Orient. Mais avant d’en dire un peu plus, une vidéo du défilé pour se plonger dans l’ambiance. (Je vous la conseille même rien que pour la bande-son que je trouve super fun.)

La culture coréenne comme inspiration

Cette collection est sans doute la première d’une marque occidentale de cet acabit à être entièrement inspirée des savoir-faire coréens. On la doit donc à Karl Lagerfeld, qui s’impose une nouvelle fois comme un créateur visionnaire sinon avant-gardiste.

Nouvel el dorado culinaire (avec son fameux kimchi et son barbecue coréen qui investit de plus en plus de restaurants en France), la Corée du Sud déploie sa culture sur le monde surtout grâce à son industrie musicale et son phénomène K-Pop. Ce défilé marque sans doute une énième vague coréenne (appelée Hallyu) sur le monde, qui s’abat cette fois au travers du prisme de la mode.

C’est la culture sud-coréenne dans sa diversité qui a inspiré le directeur artistique de Chanel pour cette collection Croisière haute en couleur. Comme John Galliano l’a fait chez Dior en 2011 (l’une de ses dernières collections pour la marque d’ailleurs), il a repris les codes du vêtement traditionnel coréen, le hanbok, pour les intégrer selon la recette maison, c’est-à-dire tweed, tailleurs, chaînes, matelassé et camélia.

Ainsi, les épaules prennent de jolies formes arrondies. Les manches sont tantôt larges et droites, tantôt évasées. Le coton et l’organza se parent de couleurs primaires et vives sur impressions patchworks. Le camélia de Chanel prend des airs de rose de Sharon, en fait un hibiscus, la fleur nationale sud-coréenne. Les proportions sont aussi revues ; la taille remonte sous la poitrine tandis que les vestes se portent parfois très courtes, à la manière de boléros.

Les mannequins défilent coiffées, ou plutôt couronnées, de tresses s’inspirant des coiffes autrefois portées par les femmes de la royauté ou les courtisanes, et leurs visages sont parés d’un maquillage que ne renieraient pas les stars de K-pop.

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Mannequins du défilé Chanel Croisière 2016.

Un défilé sensationnel

Reprenons ce que j’ai commencé dans l’introduction de cet article. C’est donc le top model sud-coréen Soo Joo, connue pour être une des coqueluches de Chanel depuis quelques saisons déjà, et reconnaissable entre tous les tops asiatiques par sa chevelure ultra bleachée (ici visible sous une imposante couronne tressée noire), qui a naturellement ouvert ce défilé « pop-couture ».

Histoire de montrer qu’on est bien en train d’assister à un défilé Chanel, elle est vêtue d’un ensemble tailleur avec jupe et veste, en tweed maison, mais superposé sur un top et un fond de jupe en mousseline aux imprimés kaléidoscopiques. Pour agrémenter ce premier look, un collier ras du cou imposant, orné d’une fleur à mi-chemin entre le camélia Chanel et le hibiscus coréen, et des ballerines graphiques immaculées, à petits talons carrés.

Commence alors une première partie du défilé qui pourrait se résumer en un terme ; coloré. Pas moins de n9uf looks féminins inspirés du patchwork traditionnel coréen s’enchaînent dans une véritable ode au fun.

Silhouettes de défilé

Un look immaculé marque une coupure avec la suite, mais avant cela, quelques silhouettes masculines elles aussi inspirées des explosions chromatiques chères aux coréens.

S’ensuivent alors trois silhouettes très Chanel, simplement « coréanisées » par quelques détails décoratifs, ou bien par leur ligne que j’appellerai la ligne K (comme Korea), la ligne si particulière du costume traditionnel coréen. Puis c’est une alternance de looks girly à la guimauve qui rappellent les looks faussement sages que beaucoup de coréennes suivent, de looks glitter semblant sortir d’une vestiaire d’une party girl et de looks au contraire très épurés.

Silhouettes de défilé

Certains looks ultra-modernes ponctuent le passage des mannequins, une modernité propre à Karl, mais aussi propre à la culture sud-coréenne, un pays à la pointe. Ainsi, matières brillantes, semblables à de la toile cirée, s’incrustent sur des pantalons qui prennent les proportions de jupes-culottes (un vêtement très à la mode à Séoul), matières 3D adoptent tops, jupes, pantalons, sacs et robes en touches ou en total-look, chaussures futuristo-chics upgradent la silhouette, et accessoires pop updatent les basiques éternels de Chanel.

Silhouettes de défilé

Après quelques silhouettes clairement inspirées du hanbok (dont je suis complètement folle !!!) – déclinaisons tantôt funky, tantôt ultra-habillées, voire même parfois carrément gothiques -, le défilé se clôt sur une version moderne et toute en légèreté de celui-ci. La ligne K dans toute sa splendeur, soit une taille marquée à la poitrine et des volumes aérien sur le bas, le tout souligné par un ruban noué, ici revu en un nœud plat posé pile sur la poitrine.

silhouettes de défilé

Belle façon de finir un défilé qui s’est commencé par un look résolument Chanel…



Édit : juillet 2017

Crédits photos : DDP prise moi-même, autres photos Vogue et Glamour.

Publié par

23 ans, étudiante en master Etudes Culturelles, passionnée par la mode et la diversité culturelle. Fashion kamikaze aguerrie et voyageuse rêveuse. ✨ Suivez-moi pour découvrir la mode sous un autre angle ! 👀

10 commentaires sur « Koko Chanel, vestiaire coréen »

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